Partager l'article ! Les juifs cachés pendant la guerre : témoignage de M. Wilkovsky (dit Serge Malstaf): De la Pologne a la France M. Wilkovsky est né en 1932 ...
De la Pologne a la France
M. Wilkovsky est né en 1932 a Dantzig, en Pologne.
Il est arrivé en France avec ses parents en 1933 pour fuir les pogroms des
Sections d'Assaut qui avaient occupé les Sudetes et Dantzig.
Dantzig dans les années trente
Il a participé à l'exode, mais n'en garde que peu de souvenirs, ils étaient partis assez longtemps, mais il ne se rappelle ni ou ni
combien de temps ; il sait juste qu’ils avaient du dormir dans une caverne.
Il était parti avec sa mère car son père s'était engagé comme volontaire dans l'armée française, ce dernier n'était donc pas avec eux pendant l'occupation allemande.
D’après lui, les Allemands étaient corrects au début, l’occupation était surtout synonyme de restrictions alimentaires, mais c’était pareil pour tout le monde. Son frère et lui allaient faire la
queue dans des magasins différents pour avoir un peu plus d’alimentation pour sa mère. Son père, quant a lui, ne fumait pas et devait faire du trafic
avec les cigarettes auxquelles il avait droit.
En 1941, il y eut des bombardements de la gare de triage à la chapelle, à Paris.
Ils descendaient dans les abris, dans les caves des immeubles ou bien le métro, car ils étaient assez profonds pour pouvoir y être plus en sécurité.
Les familles descendaient : hommes, femmes, enfants ; avec les couvertures, un peu d'alimentation car ils ne savaient pas combien de temps ils pouvaient y rester.
L'administration a demandé aux juifs d'aller se faire recenser dans les commissariats
A aucun moment ceux qui sont allé se faire recenser pouvaient imaginer la suite des évènements : a quoi pouvait servir ce recensement ?
Les lois pétainistes anti-juives interdisaient aux juifs de sortir après huit heures du soir a paris. Elles leur interdisaient aussi d’entrer dans la fonction publique ou d’aller dans certains
commerces.
M.Wilkosvky n'a pas connu de problèmes d'intégration jusqu'au jour ou il a fallu porter l'étoile, en juin 1942
A partir de ce moment, une pression a été exercée sur lui et ses frères à l'école, il se battait parce qu'on le traitait de juif, de youpin. Quand on est enfant, devant les insultes on se
bat.
Ils ne faisaient pas la distinction mais à partir du moment où ils ont porté l'étoile, ils ont perdu leurs copains qui n'étaient pas juifs. Cela venait sans doute des recommandations des parents
qui disaient : « attention »
Personne ne voulait plus sortir après avoir été obligé de porter l'étoile juive mais il fallait faire les courses,
ni sa mère ni son père ne voulaient sortir. Son jeune frère qui avait quatre ans n'était pas obligé de porter l'étoile mais
voulait la porter et sortir alors que son frère de deux ans de plus et lui ne voulaient pas, mais ils avaient été obligés et ils se sont habitués.
Il y a quand même eu de la compassion de la part de certains, ils ne le formulaient pas mais ça se sentait ; pour ceux qui les connaissaient, c'était plutôt : « mon pauvre
petit »
Comme la période était un peu trouble ses parents avaient pris la décision d'aller se cacher dans la banlieue de paris, à
Montfermeil. Hélas, personne n'a voulu les accueillir, seul un couple a voulu pour lui et ses frères.
Ils les ont donc placés pour les vacances et sont rentrés à paris.
Ils sont ensuite venus une fois, puis plus du tout puisqu'ils ont été arrêtés le 16 juillet a la rafle du Vel d'hiv.
Son père a alors été considéré comme déporté volontaire, sa mère est sans doute partie à Drancy. Son père est donc allé la bas pour faire un échange et prendre la place de sa mère, mais ils l’ont
gardé. Il n’a pu le savoir qu’après la guerre.
Pendant leur séjour a Montfermeil, tout se passait bien, ils étaient notés avec leurs vrais noms à l'école et étaient scolarisés normalement.
Jusqu’au jour ou la préfecture a demandé aux gens hébergeant des adultes ou des enfants de réaliser une déclaration d'hébergement, a ce moment, les gens ne voulaient plus les garder.
Début 43 ils devaient donc quitter Montfermeil pour la Normandie.
Puis, ses frères et lui ont été hébergés chez une famille en Normandie. Son plus jeune frère est mort à noël, à quatre ans et demi. La, leur famille d’accueil leur a appris leur nouvel état civil : lui s’appelait Serge Malstaf, et son frère Francis Henry Malstaf, ils avaient chacun deux ans de plus et leurs parents étaient morts dans un accident de voiture. Ils ne parlaient plus yiddish.
Puis, ils ont été accueillis par des gens qui vivaient près de la seine, à Pressagny l’orgueilleux. Les gens qui les accueillaient ne connaissaient pas leur véritable identité et leurs origines juives. A la libération, ils leur ont expliqué qui ils étaient et ces derniers furent tellement surpris qu’ils voulurent intenter un procès pour les risques courus.
Les bombardements les amusaient beaucoup : « Nous sortions dehors pour voir comment se battaient les chasseurs allemands et anglo-américains. Nous ne pensions qu’a une chose, aller voir les avions se battre » nous explique-t-il.
Les gens chez qui ils vivaient considérèrent au bout d’un moment que des enfants sans religion, ce n’était pas normal, ils ont donc été baptisés pour devenir catholiques
Ils quittèrent cette famille fin septembre 1944, à la libération, pour aller dans un orphelinat. La, ils apprirent la déportation de leurs parents, mais espéraient leur retour. Ceux ci ne sont malheureusement jamais revenus, juillet 1942 fut donc la dernière fois ou ils virent leurs parents.
Mémoires de M.Wilkosvsky, dit Serge Malstaf
D’après un texte de Frederic Praud.
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